Une histoire du pain et des roses

DU PAIN ET DES ROSES
Travailleuses du textile, Lowell, MA

Le Jour de l’an 1912 a annoncé une des luttes les plus acharnées dans l’histoire de la classe ouvrière aux États-Unis. En cette froide journée du 1er janvier, les travailleurs du textile de Lawrence au Massachusetts ont déclenché une grève qui durerait neuf semaines et qui ébranlerait l’État jusqu’à ses fondations en plus d’avoir des répercussions sur le plan national.

Au cours de sa dernière séance, la législature de l’État du Massachusetts – après avoir été soumise à une énorme pression exercée par les travailleurs – avait enfin promulgué une loi pour limiter les heures de travail des enfants de moins de 18 ans à 54 heures par semaine.

Cela va sans dire que les grandes sociétés textiles s’étaient farouchement opposées à la loi.

En représailles, les employeurs avaient décidé de couper à 54 heures la semaine de travail de tous leurs employés, tout en réduisant leur rémunération proportionnellement, bien entendu. Les 35 000 travailleurs des usines de Lawrence ont réagi à cette mesure par un débrayage général.

La grève elle-même était unique à bien des égards, mais principalement en raison du fait que les travailleurs s’étaient rendu compte qu’ils devaient faire fi des syndicats de métier existants. Les syndicats de métier n’étaient formés que de travailleurs anglophones spécialisés; c’est donc dire qu’ils excluaient la majorité des travailleurs. Sous la direction d’International Workers of the World (IWW), ils ont plutôt asséné un coup au nom du syndicalisme industriel en convaincant tous les travailleurs du textile à participer à la grève. Les travailleurs ont présenté les demandes suivantes à leurs patrons :

  • une augmentation salariale de 15 %;
  • l’abolition du « plan de gratification » (comparable aux « systèmes de primes » modernes);
  • le traitement double des heures supplémentaires;
  • aucune discrimination contre les grévistes;
  • la fin de la cadence accélérée;
  • l’abolition de toute discrimination contre les travailleurs nés à l’étranger.

La chanson a été inspirée par une des manifestations tenues pendant la grève. Au cours d’un défilé dans Lawrence, un groupe de travailleuses avaient porté des bannières proclamant « Du pain et des roses ».

Cette présentation poétique des demandes de ces travailleuses qui exigeaient un salaire égal pour un travail égal en plus d’une considération spéciale à l’égard des femmes s’était fait entendre partout dans le pays.

James Oppenheim, dont plusieurs des poèmes reflètent un contenu et une sympathie pour la classe ouvrière, a emprunté l’expression pour en faire un poème. Martha Coleman a transformé le poème en musique, et cette chanson s’insère aujourd’hui dans les chants traditionnels de la classe ouvrière américaine.

La chanson représente bien plus qu’un morceau intéressant de littérature historique. C’est une chanson moderne qui prône l’émancipation totale de la femme, qui continue d’exiger du pain et des roses…

Du pain et des roses
(Paroles : James Oppenheim; Musique : Martha Coleman ou Caroline Kohlsaat)

Marchons, mes sœurs, marchons! Le son de nos voix claires,
Perçant la grisaille des cuisines noircies et des usines moroses,
Guide nos pas vers un jour radieux, éclatant de lumière.
Chantons toutes en chœur: «Du pain et des roses! Du pain et des roses»

Marchons, mes sœurs, marchons! Notre lutte est aussi pour les hommes,
Qui, par nous enfantés, restent toujours nos enfants.
Assez! Nous vivions comme des bêtes de somme.
Qu’on nous donne du pain, mais des roses également.

Marchons, mes sœurs, marchons! Par delà le tombeau,
Des femmes innombrables, par le cri de nos voix, réclamant du pain.
Ni beauté, ni amour, la corvée fut leur lot!
Luttons pour les roses, pas seulement pour le pain!

Marchons, mes sœurs, marchons! Des jours meilleurs suivent nos traces:
Nous entraînons la race entière dans notre apothéose:
Assez d’exploitation; dix qui peinent quand un se prélasse:
À chacun sa part de pain et de roses; de pain et de roses.


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