Le 21 mars, le projet de loi C-257, qui aurait interdit le recours à des travailleurs de remplacement par les employeurs de compétence fédérale, a été étonnamment rejeté par la Chambre des communes au terme d’un vote en troisième lecture.
Le projet de loi C-257 aurait protégé les employés des transporteurs aériens et des aéroports ainsi que d’autres travailleurs fédéraux contre les menaces et la violence qui accompagnent souvent les briseurs de grève dans le processus de négociation collective. Témoignant de l’importance du projet de loi C-257, la campagne de lobbying organisée par le mouvement syndical s’est peut-être avérée la plus importante de tous les temps.
Le projet de loi ainsi que les modifications qui auraient hors de tout doute protégé les services essentiels de toute menace a été rejeté par une marge de plus de 50 voix. Ce fut un revirement étonnant comparativement au vote en deuxième lecture, où le projet de loi l’avait emporté par une marge de plus de 50 voix. Il s’agit de l’étape d’approbation de principe, ce qui garantit en temps normal la promulgation ultime du projet de loi.
Ayant évidemment subi des pressions du gouvernement, tous sauf un des conservateurs ayant voté en faveur du projet du loi en deuxième lecture l’ont rejeté en troisième lecture. Cependant, le projet de loi aurait néanmoins été adopté si 29 libéraux n’avaient pas viré leur capot de bord. Ils furent juste assez nombreux pour couler le projet de loi nonobstant le revirement des conservateurs.
Les chiffres démontrent clairement que les libéraux tentent de jouer des deux côtés de la clôture. La majorité des libéraux ont appuyé le projet de loi tant et aussi longtemps qu’ils ont cru que le déclenchement d’une campagne électorale en empêcherait sa promulgation. Toutefois, lorsque le Bloc Québécois a annoncé son intention d’approuver le budget conservateur et que les chances que le projet de loi C-257 soit soumis au sénat et promulgué avant la prochaine élection ont augmenté, les libéraux ont affiché leurs véritables couleurs. Ils ont mis fin au projet de loi pour satisfaire les entreprises qui les appuient.
Certaines personnes ont avancé que le mouvement syndical appuie les libéraux parce qu’ils représentent une solution de rechange progressiste aux conservateurs. Le dossier du projet de loi C-257 démontre une fois de plus que les libéraux ont beau parler en termes progressistes, mais ils agissent en vrais conservateurs.