Les gouvernements ont-ils toujours leur place dans cette ère de mondialisation?

Les accords commerciaux internationaux ont pour effet de consentir plus de pouvoirs aux sociétés privées au détriment des gouvernements nationaux. L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) et les autres accords sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) limitent considérablement les capacités des gouvernements nationaux, régionaux et locaux de gérer l’activité économique au bénéfice de leurs citoyens ou d’empêcher les sociétés privées d’exploiter la main-d’œuvre ou de nuire à l’environnement.

Par exemple, le chapitre 11 de l’ALENA concède aux investisseurs étrangers le droit de poursuivre en justice des gouvernements pour réclamer des pertes de profits potentiels dans le cas où un gouvernement agit pour protéger ses citoyens. Les contribuables canadiens ont déjà dû verser des millions de dollars à des sociétés étrangères en raison de « l’audace » dont leur gouvernement avait fait preuve pour tenter de les protéger contre des menaces pour l’environnement. Des comités commerciaux internationaux – siégeant en secret – ont réussi à éliminer des programmes créés pour soutenir le développement des industries canadiennes de l’automobile et de l’aérospatiale.

Le programme de mondialisation des sociétés repose en bonne mesure sur la déréglementation, l’insécurité et l’iniquité des travailleurs, l’allégement fiscal des entreprises et la détérioration et la privatisation des services publics. Ce programme minimise l’ingérence des gouvernements dans le pouvoir des sociétés privées. Il ne vise qu’à assurer une main-d’œuvre disciplinée et docile.

Les sociétés privées se servent des accords commerciaux internationaux pour ancrer leur programme et ainsi s’assurer que même les gouvernements relativement progressistes qui n’y souscrivent pas pleinement auront beaucoup de difficulté à ne pas plier sous la pression.

Une question s’impose donc : Si la mondialisation et les accords commerciaux sont conçus pour lier les mains de tous les gouvernements – peu importe qui les dirige –, en quoi le choix d’un gouvernement est-il important? N’est-il pas futile de résister à l’énorme poids des sociétés? Ce sont d’importantes questions que les Canadiens doivent se poser en plein milieu d’une campagne électorale.

Bien entendu, les personnes qui dirigent ces sociétés ne doutent aucunement de l’importance de nos gouvernements. Aujourd’hui, les sociétés de partout dans le monde sont plus puissantes parce qu’elles ont décidé, au milieu des années 1970, qu’elles n’aimaient la façon dont la situation évoluait. Les travailleurs gagnaient de plus en plus, les syndicats avaient de plus en plus de pouvoir et les mesures de protection sociale tels que l’assurance-chômage et les régimes de pension de l’État offraient de plus en plus de sécurité aux travailleurs et leur permettaient de contester leurs patrons plus ouvertement.

Les chefs d’entreprises se sont donc regroupés (ex. : le Conseil canadien des chefs d’entreprises et la Business Roundtable aux États-Unis) et ont dépensé beaucoup d’argent pour s’assurer que les gouvernements élus suivent leurs directives – à la fois dans leur propre pays et dans les accords commerciaux de plus en plus nombreux. Ils ont mené leur plan à terme, et nous vivons aujourd’hui avec les conséquences – des chefs d’entreprises plus puissants (et plus riches) au détriment du pouvoir et de la sécurité financière et professionnelle des travailleurs.

Les travailleurs ont eu très peu à dire sur l’exploitation des entreprises pour lesquelles ils travaillent. Le seul véhicule qui reste aux travailleurs qui vivent dans un pays démocratique pour tenter d’influencer les activités des entreprises est l’élection de gouvernements qui sont favorables aux travailleurs.

Les accords commerciaux et les tactiques de chantage des entreprises compliquent l’affaire, mais si nous élisons des gouvernements qui ont la volonté politique de s’y opposer et de se défaire de leurs liens avec les entreprises, il sera possible d’assurer de meilleurs droits aux travailleurs, de rebâtir les services publics et la sécurité sociale et d’élaborer des politiques industrielles actives qui mèneront à la création de bons emplois sécuritaires.

Toutefois, il nous faut des politiciens qui ont la volonté de contester le programme des entreprises. L’expansion du pouvoir mondial des entreprises rend l’élection d’un gouvernement plus importante que jamais. Voter pour un gouvernement qui défendra les travailleurs est le geste le plus important que nous pouvons poser pour faire opposition au pouvoir des entreprises.

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