LES AVANTAGES SOCIAUX NE SONT PAS DES LUXES

Il y a un siècle, les travailleurs canadiens touchaient un salaire et c’était à peu près tout. En règle générale, ils ne bénéficiaient d’aucun congé payé, ils étaient responsables de payer tous leurs propres frais médicaux et ils devaient assurer leur propre survie financière en cas de mise à pied, d’invalidité ou de départ à la retraite.

Au cours des cent dernières années, les revendications des travailleurs et des syndicats se sont traduites par une bonification constante des avantages sociaux : congés payés, régimes de retraite, couverture d’assurance et autres services tels que garderies et programmes d’aide aux employés. Certains de ces programmes sont offerts par les gouvernements (sécurité de la vieillesse, Régie des rentes du Québec et Régime de pensions du Canada, assurance-emploi, indemnisation des travailleurs, régime public d’assurance-maladie et bien-être social) tandis que d’autres sont fournis par les employeurs.

Ces avantages sociaux ne sont pas des luxes. Ils sont essentiels à la survie et à la dignité des travailleurs et travailleuses et des membres de leur famille.

Au cours des récentes années, le marché du travail s’est concentré sur l’assurance-vie et l’assurance-invalidité collectives ainsi que sur les régimes d’assurance dentaire et d’assurance-maladie supplémentaire (y compris les médicaments), lesquels comblent les lacunes de notre régime public d’assurance-maladie. Selon la plus récente étude menée par Statistiques Canada en 2000, la moitié des travailleurs et travailleuses du Canada bénéficient d’une assurance-maladie, d’une assurance contre les frais dentaires et d’une assurance-vie/invalidité. Un total de 12 % bénéficient de l’une ou l’autre de ces couvertures tandis que 38 % n’ont aucune protection.

En réalité, le taux de couverture est probablement un peu plus élevé puisque certains travailleurs non couvertes le sont comme personnes à charge de personnes couvertes, dans les familles comptant plus d’un soutien de famille. Les employés permanents travaillant à temps plein sont plus nombreux à bénéficier d’avantages sociaux que les employés à temps partiel ou occasionnel.

Tout comme sur le plan des salaires, les travailleurs syndiqués sont très privilégiés en matière d’avantages sociaux. Au total, 79 % des travailleurs syndiqués souscrivent un régime de retraite comparativement à 30 % des travailleurs non syndiqués. De surcroît, 70 % des travailleurs syndiqués bénéficient d’une couverture de leurs frais médicaux et dentaires et d’une assurance-vie/invalidité contre seulement 40 % des travailleurs non syndiqués.

Les avantages sociaux représentent une part importante des coûts de main-d’œuvre. Au cours des 50 dernières années, le coût des avantages sociaux (y compris les charges sociales versées à la RRQ et au RPC, à l’assurance-emploi et au programme d’indemnisation des travailleurs) est passé d’environ 15 % pour atteindre 35 % des coûts totaux de main-d’œuvre au Canada. Au cours des dernières années, ces coûts sont montés en flèche, notamment en ce qui a trait aux régimes d’assurance-médicaments et d’assurance-maladie supplémentaire. Les compagnies pharmaceutiques en particulier ont connu un grand succès à accroître leur bénéfice en menant des promotions agressives pour faire augmenter l’utilisation de médicaments coûteux et en faisant pression sur les gouvernements d’élargir la protection par brevet pour limiter la prolifération de médicaments génériques moins coûteux.

Notre régime public d’assurance-maladie continue de nous conférer un net avantage en termes de coûts sur les États-Unis, où une couverture d’assurance médicale à peine adéquate a pour effet d’ajouter des milliers de dollars par travailleur aux coûts de main-d’œuvre payés par les employeurs. Le coût élevé de l’assurance-maladie est d’ailleurs à l’origine du déclenchement de nombreuses grèves aux États-Unis.

À la lumière de l’augmentation des coûts au Canada, les employeurs font pression pour faire réduire la protection offerte aux travailleurs et pour en transférer les coûts aux travailleurs par l’entremise de franchises et de plafonds de couverture.

Les syndicats ont marqué le pas pour augmenter les avantages sociaux des travailleurs, en menant des négociations dans les milieux de travail et en œuvrant sur la scène politique pour créer nos régimes publics. Aujourd’hui, la lutte gravite principalement autour du maintien de nos gains antérieurs, à la fois dans le secteur public et à la table des négociations.

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