Retraitre obligatoire : Qu'est-ce que ça change?


Dans son discours du Trône du 30 avril, le gouvernement conservateur de l’Ontario a annoncé son intention de présenter une législation « pour permettre à un plus grand nombre de personnes âgées de demeurer actives dans le marché du travail en leur laissant le soin de décider de l’âge de leur retraite plutôt que de se faire dicter une date de départ à la retraite arbitraire par le gouvernement ».

Bien que cette expression puisse sembler étrange (il n’existe actuellement aucun moment de départ à la retraite arbitrairement imposé par le gouvernement obligeant les gens à se retirer), nous pouvons prétendre que le gouvernement compte interdire la retraite obligatoire, probablement en incluant âgé(e) de plus de 65 ans parmi les motifs de distinction illicites en vertu du Code des droits de la personne de l’Ontario. L’âge de retraite obligatoire est déjà interdit dans la plupart des autres provinces canadiennes, dont le Québec, l’Alberta, le Manitoba et les provinces maritimes.

Le discours du Trône en Ontario se voulait l’énoncé d’une plate-forme préélectorale. Les Conservateurs de l’Ontario ne se sont pas bâti une réputation au cours des dernières années de grands défenseurs des droits de la personne; cette proposition ressemble donc à une ruse pour tenter de regagner l’appui des personnes âgées après le fiasco du projet de loi 198, où la vive opposition des personnes âgées avait forcé les Conservateurs à retirer un projet de loi qui aurait eu pour effet de transférer rétroactivement des surplus de caisses de retraite depuis les comptes des retraités vers ceux de leur ancien employeur.

L’interdiction de la retraite obligatoire n’aura probablement aucune répercussion d’importance sur l’âge de départ à la retraite en Ontario. La plupart des travailleurs choisiraient de se retirer à un âge plus jeune plutôt qu’un âge plus avancé s’ils en avaient les moyens financiers. En fait, les Canadiens prennent leur retraite à un âge de plus en plus jeune, en moyenne, depuis des années.

Plusieurs, voire la majorité, des lieux de travail n’imposent aucun âge de retraite obligatoire. Un âge de retraite clair peut contribuer à une saine rotation du personnel, en permettant à des travailleurs plus jeunes de remplacer leurs homologues plus âgés, en plus de favoriser une meilleure planification de la retraite, la formation et d’autres programmes.

De façon ironique, l’interdiction d’un âge de retraite obligatoire pourrait avoir l’effet pervers de pousser certains travailleurs vers la porte à un âge encore plus jeune. S’ils ne peuvent se fier à ce qu’un travailleur prenne sa retraite à l’âge de 65 ans, les employeurs pourront se croire autorisés à mener des évaluations du rendement de leurs employés plus âgés moins rigoureuses et ainsi les licencier aussitôt qu’ils constatent une baisse de rendement, possiblement dès la fin de la cinquantaine ou le début de la soixante, de sorte à éviter une plainte déposée en vertu des lois sur les droits de la personne à l’âge de 65 ans ou ultérieurement.

En dépit de la rhétorique de la liberté et du choix, le principal enjeu des gens songeant à la retraite est le niveau de revenus dont ils disposeront au moment de se retirer. De nos jours, nombre de personnes qui dépendent de leurs REER ou de régimes à cotisations déterminées durement frappés par le ralentissement des marchés boursiers devront peut-être continuer à travailler non pas par choix mais parce qu’ils n’auront pas les moyens financiers de se retirer.

Avoir un véritable choix voudrait dire que tout le monde disposerait d’un revenu de retraite suffisant pour lui permettre de vivre dans la dignité tout en maintenant son niveau de vie (du moins, un niveau de vie de classe moyenne). Pour ce faire, il faudrait soit bonifier considérablement la couverture des régimes de retraite publics soit prolonger la couverture des régimes privés qui couvrent actuellement moins de la moitié de la population active. Si les Conservateurs de l’Ontario étaient véritablement intéressés à offrir un plus grand choix en matière de retraite, ils mettraient de l’avant des propositions pour rehausser les régimes publics et privés en plus de réinjecter de nouvelles sommes dans les soins de santé et les services sociaux dont les récentes coupures ont fait très mal aux aînés.

En fait, nombre de ceux qui s’opposent à la retraite obligatoire voient en sa disparition une occasion de sabrer dans les prestations de retraite et d’autres programmes offerts aux aînés. S’il est possible de forcer un plus grand nombre de personnes à travailler plus longtemps, les coûts de ces programmes pourront être réduits. Et, s’il est possible de forcer des travailleurs spécialisés septuagénaires à continuer de travailler, les employeurs pourront épargner encore plus d’argent en reportant la formation de jeunes travailleurs pour les remplacer.

Si les Conservateurs ontariens veulent réellement venir en aide aux personnes âgées, il existe une foule de décisions utiles qu’ils pourraient prendre au lieu d’interdire la retraite obligatoire.

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