Et vous dans tout cela?

Nous devons résister au modèle économique de la droite Américaine

Dans le cadre d’une récente conférence sur les politiques en matière d’emploi tenue au siège de l’AIM à Washington, DC, deux associés en recherche du Centre canadien de politiques alternatives – Andrew Jackson, économiste principal pour le Congrès du travail du Canada, et David Robinson, chercheur avec l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université – ont étalé une perspective canadienne.

Ils ont fait valoir que la performance économique du Canada, notamment sur le plan de la création d’emplois, a été nettement supérieure à celle des États-Unis au cours de la dernière année. Cela démontre que les programmes d’égalisation des revenus et de soutien social plus généraux du Canada n’ont aucunement freiné la croissance et la création d’emplois. En fait, notre système public de soins de santé est plus efficace et offre un avantage concurrentiel marqué comparativement au système américain.

Ce point est important puisque les critiques corporatifs invoquent continuellement le besoin d’harmonisation avec les États-Unis (c.-à-d. réduire les impôts des riches) si nous voulons être concurrentiels.

Les Canadiens ne doivent pas se satisfaire de notre récente performance économique puisque notre relative prospérité est le résultat, en partie, de l’avantage concurrentiel que nous confère la faiblesse artificielle du dollar canadien. La récente croissance de l’emploi s’est fait sentir majoritairement dans le secteur public, qui connaît un essor après les coupures draconiennes des années 1990.

En règle générale, les récentes nouvelles économiques ont été plutôt défavorables pour les membres canadiens de l’AIM. Des secteurs économiques clés tels que le transport aérien et l’aérospatiale ont été frappés de plein fouet par le ralentissement économique et les répercussions du 11 septembre 2001. Les accords commerciaux facilitent le transfert d’emplois manufacturiers vers des sites mexicains où la main-d’œuvre coûte deux fois rien ou vers la Chine où les travailleurs sont traités comme des esclaves. Peu de membres de l’AIM ont profité du boom économique et ne sont pas rares ceux et celles qui ont plutôt été confrontés à des fermetures d’usines, des mises à pied et un sentiment d’insécurité grandissant parmi les travailleurs encore en poste.

Il est difficile d’être optimiste quant aux perspectives d’une forte reprise de l’économie dans un proche avenir. La plupart des économies du monde affichent un piètre rendement et les États-Unis – qui représentaient le moteur économique mondial depuis la dernière décennie – sont aux prises avec un déficit commercial non viable. Aux États-Unis, le modèle républicain de droite – axé sur l’inégalité, un mouvement syndical faible et des déductions fiscales pour les riches – connaît des ratés. Le chômage est en hausse tout comme le déficit budgétaire. C’est une des raisons pour lesquelles Bush cherche à déclencher une guerre à l’étranger, pour faire oublier la piètre performance de son administration sur le plan économique.

Les intérêts des sociétés canadiennes se serviront de la faiblesse de l’économie comme outil et excuse justifiant la poursuite de leurs objectifs – faire réduire le fardeau fiscal des riches et des entreprises, affaiblir les syndicats et miner les programmes de soutien social. Ils affirment que nous devons « harmoniser » nos politiques avec celles des Américains, mais les preuves indiquent au contraire que nous pouvons faire aussi bien ou mieux en suivant un modèle canadien axé sur une plus grande égalité et une meilleure solidarité sociale.

ET VOUS DANS TOUT CELA?

La pierre angulaire du plan administratif de Bush pour assurer la reprise de l’économie américaine est un allégement fiscal sur les dividendes qui aurait pour effet de réduire le fardeau fiscal des familles américaines déjà les mieux nanties, notamment le premier 1 % de soutiens de famille et de détenteurs de richesse les plus riches. Comment peut-il être politiquement viable pour Bush de réduire de plusieurs milliards de dollars le fardeau fiscal des 1 % de la population les plus riches en le transférant aux 99 % des autres contribuables?

Un commentateur rapportait un sondage menée auprès des Américains, selon lequel 19 % d’entre eux se croient parmi les 1 % de la population les plus riches tandis que 20 % s’attendent à atteindre ce seuil sous peu. Le commentateur a suggéré que le sondage révélait l’optimisme qui régnait généralement parmi la population américaine, mais il est probablement plus réaliste de qualifier cet état d’esprit de délirant.

Toutefois, c’est une bonne stratégie pour les très riches de convaincre les masses qu’elles sont plus fortunées qu’elles le sont en réalité. Ainsi, il devient plus facile sur le plan politique de promouvoir des concepts tels que des réductions d’impôts pour les riches, surtout lorsque beaucoup de gens se croient riches.

Bien, selon les chiffres publiés par Statistique Canada pour 1997, vous devez gagner plus de 137 942 $ par année pour vous classer parmi les premiers 10 % de familles canadiennes avec enfants les plus riches.

Voici les seuils de revenus (avant les impôts et les transferts gouvernementaux) dans le cas de familles avec enfants en 1997. Pour les seuils de 2003, ajoutez environ 10 % aux chiffres ci-dessous.

Revenu annuel
10 % inférieurs 1 255 $
10 % suivants 13 355
10 % suivants 25 135
10 % suivants 35 167
10 % suivants 44 186
10 % suivants 52 876
10 % suivants 61 796
10 % suivants 73 632
10 % suivants 88 992
10 % supérieurs 136 394


Donc, la moitié de toutes les familles canadiennes avec des enfants gagnent moins de 50 000 $ par année. Pour figurer parmi les premiers 10 %, vous devez gagner plus de 150 000 $ annuellement.

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