Tentatives pour réduire le réchauffement de la planète
Par Louis Erlichman
Directeur canadien des recherches
Un des principaux enjeux discutés pendant le récent Sommet de la Terre tenu à Johannesburg, en Afrique du Sud a été le sort réservé à ce qu’on nomme l’Accord de Kyoto. L’Accord (ou le Protocole) de Kyoto est un accord international conclu en 1997 au Japon qui visait à mettre en application la Convention des Nations Unies sur le changement climatique de 1992.

L’Accord de Kyoto comportait un ensemble d’engagements des pays industrialisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (principalement le dioxyde de carbone ou CO2) qu’on croit être responsables du réchauffement de la planète. Les pays signataires de l’Accord s’engageaient à réduire leur utilisation de combustibles fossiles tels que le charbon, le pétrole et le gaz, les principales sources des gaz à effet de serre. Toutefois, le Protocole n’entrera en vigueur qu’une fois qu’il aura été ratifié par 55 pays industrialisés qui produisent 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Cela n’est toujours pas devenu une réalité.

Étant donné que les États-Unis – responsables de 25 % des émissions de gaz à effet de serre – ont refusé de ratifier le Protocole (puisque le gouvernement, notamment George W. Bush, est grassement financé par les grandes sociétés pétrolières), il est crucial que pratiquement tous les autres pays du monde le ratifient si nous voulons qu’il entre en vigueur.

L’annonce par le premier ministre Chrétien que le Canada ratifierait le Protocole de Kyoto est importante, non seulement en raison de l’utilisation considérable de l’énergie mondiale que fait le Canada, mais aussi parce que plusieurs autres pays auraient donné le refus du Canada à le ratifier comme excuse pour se retirer, signant probablement ainsi l’arrêt de mort de l’Accord.

L’industrie pétrolière et d’autres sociétés d’intérêts ont organisé une contre-attaque massive de l’Accord de Kyoto, en invoquant le manque de preuves démontrant que la planète se réchauffe (faisant ainsi fi d’un grand consensus dans le monde scientifique) et en publiant des estimations très exagérées des coûts économiques de la mise en application de Kyoto. Au Canada, le gouvernement de l’Alberta (le principal producteur de combustibles fossiles du pays) et quelques autres provinces luttent contre la ratification de l’Accord de Kyoto.

Il va sans dire que les objectifs établis dans Kyoto (dans le cas du Canada, une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 6 % comparativement à leurs niveaux de 1990 d’ici 2008-2012, ou de 21 % comparativement aux niveaux actuels) auraient des coûts associés, mais ces coûts seraient compensés par les économies résultant de la conservation énergétique et une réduction de la pollution. Les industries de l’énergie et autres perdraient sûrement des emplois, mais rien n’empêche de créer de nouveaux emplois dans des industries durables (énergie éolienne, ondulatoire et solaire et réhabilitation pour promouvoir la conservation énergétique). Bien que les réductions de l’utilisation de combustibles fossiles établies dans Kyoto devraient stimuler cette activité, nous devons également mettre en place des programmes plus actifs pour encourager le développement de formes d’énergie durables.

Nous devons absolument faire quelque chose. Le réchauffement de la planète fait augmenter le niveau des mers et provoque des inondations, des sécheresses et des conditions météorologiques extrêmes. Nous avons déjà commencé à constater le coût de ne rien faire dans le nombre croissant de désastres naturels tels que des feux, des inondations et des tempêtes. L’industrie des assurances en vit déjà les conséquences.

Même si la création de nouveaux emplois compense les pertes attribuables à la réduction des gaz à effet de serre, certains travailleurs et certaines régions seront plus durement éprouvés. Il est essentiel d’accompagner toute action pour contrer le changement climatique d’un programme de transition bien financé pour fournir un soutien du revenu ainsi que des possibilités de recyclage et de réemploi aux travailleurs et aux collectivités touchés. Il est tout aussi essentiel de pouvoir compter sur une économie globale solide et créatrice d’emplois.

Kyoto est loin de représenter un remède universel pour notre environnement, voire contre le réchauffement de la planète. Nous devrons surpasser les objectifs de Kyoto si nous voulons atteindre le développement durable de l’environnement. Même au sein du programme de Kyoto lui-même, plusieurs pays – dont le Canada – sont à la recherche d’échappatoires fiscaux tels que la demande de crédits pour les forêts qui absorbent les gaz à effet de serre ou pour l’exportation de gaz naturel, qui dégage moins de gaz à effet de serre que le charbon ou le pétrole. À Johannesburg, les États-Unis ont bloqué des propositions établissant des objectifs précis en ce qui concerne les sources d’énergie renouvelable.

Kyoto est un tout petit pas dans le processus que nous devons entreprendre pour atteindre le développement durable, mais s’il nous est impossible de prendre ce pas, difficile de croire que nous puissions nous rendre à destination.

Pour plus de renseignements, visitez les sites Web suivants :

Vue d’ensemble du gouvernement du Canada

Communiqué de presse – Plan d’action 2000

Technologie du Plan d’action 2000

Sources d’énergie renouvelables et de remplacement du Plan d’action 2000

Évolution de l’efficacité énergétique

Conférence de la CdP 6

Rapport du Pembina Institute sur les avantages apportés à l’avantage concurrentiel du Canada par la ratification du Protocole de Kyoto

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