Des cris dans le vide?
Le G-8 à Kananaskis

Par Louis Erlichman
Directeur canadien des recherches



Depuis plusieurs années, les dirigeants politiques des plus grandes économies du monde – qui forment ce qu’on appelle le G8 – se réunissent dans le cadre de rencontres au sommet pour discuter et planifier l’avenir de la planète. Le groupe se réunira pendant une journée et demie les 26 et 27 juin au centre de ski Kananaskis près de Calgary.

Le G-8 (formé des États-Unis, du Canada, du Japon, de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de la Russie) représente collectivement plus de la moitié de l’économie mondiale totale en termes de produit intérieur brut.

Le scénario de ces rencontres au sommet est habituellement établi bien à l’avance et elles servent principalement à obtenir une bénédiction politique multilatérale d’ententes qui ont déjà été négociées par des fonctionnaires au cours des mois ayant précédé la rencontre. L’ordre du jour de la rencontre de juin devrait porter sur trois grands points :
  • le renforcement de la croissance économique mondiale;
  • l’Afrique et un « nouveau partenariat pour stimuler le développement africain »;
  • la lutte contre le terrorisme.

La question de la lutte contre le terrorisme tournera évidemment autour de George Bush, qui tente de maintenir les appuis en faveur de n’importe quelle campagne antiterroriste qu’il voudra mener à ce moment-là.

Quant au point traitant de l’Afrique, il s’agit d’une tentative d’arriver à un accord sur les énormes problèmes économiques et humanitaires avec lesquels l’Afrique est aux prises – pauvreté, guerres, maladies et manque d’accès à des besoins humains fondamentaux tels que de l’eau propre. Le « nouveau partenariat » (NEPAD) comporte un ensemble de propositions de plusieurs chefs d’État africains qui sollicitent le soutien financier de la communauté internationale, des investissements étrangers et l’accès aux marchés pour les pays de l’Afrique. Vu l’historique des activités étrangères en Afrique, il est difficile de concevoir que ce programme – s’il est entrepris – puisse contribuer à rehausser la qualité de vie de la plupart des Africains. Il est toutefois attendu que les dirigeants du G8 prennent au moins un engagement symbolique envers le programme NEPAD.

Pour les dirigeants du G8, le troisième point de l’ordre du jour – le renforcement de la croissance économique – se traduit par une plus grande libéralisation économique mondiale. Nous pourrons entendre les dirigeants faire l’éloge stérile de la durabilité environnementale et de la réduction des inégalités internationales; toutefois, le point fort de l’ordre du jour demeurera sans doute l’augmentation du pouvoir des sociétés privées et l’affaiblissement des gouvernements nationaux.

Puisque c’est le Canada qui accueille l’événement, le gouvernement fédéral a organisé des réunions de consultation sur le sommet de Kananaskis d’un bout à l’autre du pays. De plus, une commission parlementaire tient des audiences pour donner l’impression aux Canadiens qu’ils ont une voix dans le processus.

Malheureusement, puisque les dirigeants semblent n’entendre que les voix des sociétés, les rencontres au sommet font l’objet de plus en plus de protestations et nous sommes témoins d’un nombre croissant de confrontations violentes qui affrontent les manifestants aux forces de l’ordre. Un des principaux attraits de Kananaskis aux yeux des organisateurs du sommet est son emplacement relativement isolé, ce qui facilite les mesures de sécurité visant à interdire l’accès au site.

Ces sommets posent un dilemme pour les gens qui s’opposent au programme mondial des entreprises et aux moyens pris par les grandes sociétés pour prendre contrôle de l’ensemble du système économique mondial. Bien que les manifestations et les séances de sensibilisation organisées en marge des sommets semblent avoir contribué à sensibiliser le public, elles ont eu très peu de répercussions sur le processus de mondialisation mis de l’avant par les grandes sociétés. Les tentatives des manifestants frustrés de perturber les rencontres ou du moins d’attirer l’attention des dirigeants ont été contrées par la force, et les médias qualifient généralement ces opposants de perturbateurs et d’anarchistes bons à rien.

Dans le cas du sommet de Kananaskis, un certain nombre d’activités ont déjà été planifiées et organisées par la fédération du travail de l’Alberta entre autres. On parle notamment de séances de sensibilisation à Calgary au cours de la semaine précédant le sommet et d’un campement de fortune sur la route vers Kananaskis. Pour plus de renseignements, visitez le site http://g8.activist.ca.

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