Leçons apprises de l'affaire Enron

Par Louis Erlichman
Directeur canadien des recherches

L’effondrement financier du géant américain de l’énergie, Enron, pourrait donner d’utiles leçons à quiconque qui y porte attention.

D’abord, la libéralisation du commerce national et international mine le pouvoir des gouvernements à réglementer, voire surveiller, les activités des sociétés; nous sommes en conséquence de plus en plus vulnérables aux escrocs corporatifs qui n’ont même pas les intérêts de leurs actionnaires à cœur, encore moins ceux du grand public. Voilà ce qu’il est des apologistes corporatifs pour qui la réponse à chaque question est une plus grande liberté des sociétés.

La facilité avec laquelle Enron a pu acheter son influence de l’administration Bush, et la complaisance dont la société Andersen – le soi-disant vérificateur autonome – a fait preuve dans le complot pour gonfler la valeur des actions, démontre clairement que nous devons faire preuve de vigilance, y compris à l’égard des personnes qui sont sensées nous protéger contre les pratiques corporatives douteuses en menant des vérifications externes et en faisant la balance des comptes.

Ce sont les employés d’Enron et les autres dont les épargnes et le revenu de retraite avaient été investis en actions d’Enron qui s’en sortent les plus démunis.

La première règle de l’épargne-investissement est la diversification – ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Il est rare que les promoteurs des régimes d’actionnariat des employés reconnaissent ce prémisse. Lorsque tout va bien, vous croyez peut-être que votre emploi et vos épargnes se portent bien, mais lorsque la sauce se gâche, le coup est deux fois plus dur à encaisser.

Comme le démontre l’affaire Enron, le fait de travailler pour une entreprise ne garantit pas que vous savez ce qui se passe sur le plan de sa situation financière. En effet, à la lumière de rumeurs et d’émotions, vous risquez de devenir un investisseur moins averti dans l’entreprise qui vous emploie que dans une autre entreprise avec laquelle vous n’avez aucun lien.

Au Canada, les lois sur les régimes de retraite limitent habituellement le pourcentage d’avoirs de retraite que vous pouvez investir dans une seule entreprise, y compris celle de votre employeur, mais si vous souscrivez un régime de retraite, vous auriez tout intérêt à vous assurer que la réglementation est respectée et que vos avoirs de retraite sont investis de façon diversifiée.

En termes plus généraux, si une bonne partie de vos épargnes sont investis dans les actions de votre entreprise (ou celles de toute autre entreprise individuelle), songez sérieusement à diversifier vos placements pour éviter à devoir apprendre les mêmes leçons pénibles réservées aux employés d’Enron.
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