Les points de vue de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale en matière de transport aérien international étaient présenté à Transports Canada le 8 novembre, 2006.
L’AIMTA est le principal syndicat représentant les travailleuses et travailleurs du transport aérien au Canada et en Amérique du Nord. Au Canada, nous représentons plus de 20 000 membres dans ce secteur employés par des transporteurs aériens tels qu’Air Canada et Air Transat ainsi qu’une panoplie d’entreprises prestataires de services de maintenance, au sol, d’avitaillement et de contrôle entre autres à l’industrie. Nous incitons le gouvernement à entendre la voix des travailleuses et travailleurs œuvrant au sein de ce secteur. Notre souhait est que vous teniez compte des points de vue des personnes œuvrant dans ce secteur clé.
L’industrie du transport aérien est importante, mais elle est aussi vulnérable. Elle joue un rôle essentiel sur le plan de notre développement socioéconomique et aide à tenir le pays ensemble tout en employant directement ou indirectement plus de 100 000 Canadiennes et Canadiens qui travaillent pour des transporteurs aériens, des aéroports, des sociétés aérospatiales et les nombreuses entreprises de services auxiliaires qui gravitent autour de l’industrie. Des gestes irréfléchis pourraient mener à la disparition de grands transporteurs canadiens qui desservent les collectivités du Canada.
Au terme de 20 années de déréglementation du transport aérien intérieur une longue période marquée par des faillites de lignes aériennes, des perturbations et des pertes d’emplois , nous sommes inquiets par le manque d’analyse des répercussions de la déréglementation à ce jour, par le manque d’analyse des conséquences potentielles des diverses modifications proposées à la réglementation et par l’omission de considérer la possibilité que la stratégie la plus pratique, à la lumière de la nature de l’industrie et de la position qu’occupe le Canada dans un monde de plus en plus régi par des monopoles, consisterait à modifier et à renforcer le régime de réglementation plutôt qu’à continuer de progresser aveuglément sur la voie de la déréglementation au risque de détruire l’industrie canadienne du transport aérien.
Les lignes aériennes n’ont aucun contrôle sur une large portion de ses coûts carburant, sécurité, frais de navigation et frais aéroportuaires. Ces coûts ont des répercussions majeures sur l’avantage concurrentiel que peuvent offrir les transporteurs canadiens comparativement à leurs concurrents internationaux. Un simple assouplissement de protocoles internationaux ne se traduira pas automatiquement par des « règles de jeu équitables ».
Certains transporteurs aériens internationaux ont réagi à la hausse des coûts en étendant leurs assises financières dans d’autres pays. Ils ont acheté des lignes aériennes étrangères, ont établi des filiales dans d’autres pays, se sont joints à des alliances de lignes aériennes régionales ou internationales ou ont créé des coentreprises. La croissance de la propriété multinationale de lignes aériennes et le désir des transporteurs de faire assouplir la réglementation afin de devenir des entreprises mondiales créent de nouveaux défis.
Le gouvernement américain a férocement promu l’assouplissement des routes aériennes internationales. Toutefois, le marché américain intérieur le plus grand marché mondial de l’aviation assure une plateforme économique vitale à ses propres industries de l’aviation et de l’aérospatiale. Ainsi, le gouvernement américain demande des accords « ciels ouverts » pour les routes internationales, mais refuse d’abandonner la barrière protectionniste qui empêche l’accès à son marché intérieur de l’aviation.
Nous n’avons rien à gagner d’une nouvelle ronde de négociations d’accords « ciels ouverts » avec les États-Unis. Les États-Unis n’ont aucun intérêt à ouvrir leur marché intérieur à des transporteurs canadiens ou étrangers.
Conclusion
Nous souhaitons que Transports Canada et le gouvernement se penchent sur la réalité de ce secteur et saisissent l’importance de cette industrie pour le Canada et que toute nouvelle politique élaborée vise à renforcer la viabilité et la santé à long terme du Canada.
Le lien intrinsèque entre nombre de pays et leur industrie de l’aviation civile a permis à de nombreux syndicats et d’autres intervenants de discuter avec les législateurs des questions qui les touchent. Cela est essentiel dans toute société démocratique et mène habituellement à de meilleures conditions de travail dans l’industrie.
L’AIMTA soutient qu’un engagement limité au libre-échange ne convient pas au transport aérien au Canada. Un tel engagement mine les contrôles nationaux du gouvernement sur une industrie qui dépend de la surveillance gouvernementale pour exploiter ses activités de façon sécuritaire.
Nombreux sont les pays qui interdisent la propriété et le contrôle de leurs lignes aériennes nationales par des étrangers pour des raisons de sécurité nationale et pour conserver le contrôle de leurs infrastructures en cas d’urgence. Le gouvernement du Canada a intérêt à agir de la même sorte au Canada.
Le lien étroite qui existe entre les lignes aériennes nationales et les États doit être maintenu pour protéger les intérêts socioéconomiques entre autres du pays en question. Une ligne aérienne n’est pas seulement une entreprise commerciale. Desservir des régions par la voie aérienne peut s’avérer vital à la survie économique, au développement et à d’autres objectifs sociaux d’un pays. En rompant le lien entre pays et transporteurs, ces objectifs se perdent ensuite dans la course aux profits.
Tout développement futur de l’industrie de l’aviation doit reposer sur les principes de l’équité et la réciprocité, les normes de sécurité, de travail et de développement social les plus rigoureuses, la protection des emplois et des conditions de travail, des services de qualité, une distribution équitable des bénéfices de l’industrie et le maintien de l’éthos des services publics.
Les syndicats et leurs représentants doivent pouvoir participer de façon significative et à part entière à toute discussion intergouvernementale sur l’avenir de l’industrie et aux négociations entre pays d’accords bilatéraux et multinationaux régissant le transport aérien.
Pour lire la soumission de l'AIMTA au complet, cliquez ici.
Carlos DaCosta
Coordonnateur pour le transport aérien
AIMTA, Canada