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À lire les journaux de ces jours-ci, on pourrait croire que les perspectives d’emploi soient actuellement excellentes. Le taux de chômage national est à son plus bas depuis des décennies et on parle de pénuries de main-d’œuvre générale et spécialisée et du désespoir des employeurs à combler des postes vacants.
Par ailleurs, quelque chose cloche dans ce portrait. Selon la science économique classique (ou la bonne vieille loi de l’offre et de la demande), si la pénurie de main-d’œuvre était réellement si grave, les salaires devraient suivre une tendance à la hausse puisque les employeurs se livreraient à une surenchère pour s’accaparer les rares travailleurs disponibles. Or, bien que le salaire horaire moyen ait augmenté un peu plus rapidement que le taux d’inflation, cette augmentation moyenne est en bonne partie attribuable à l’économie surchauffée de l’Alberta une province où les salaires plus élevés ne couvrent probablement pas les coûts supplémentaires de vivre dans cette économie en plein boom pétrolier.
Le reste du Canada ne vit aucun boom. En mai 2006, on recensait toujours plus d’un million de sans-emploi. À l’est de l’Ontario, notamment au Québec, le taux de chômage se chiffre à 7,9 % et augmente. Parmi les jeunes, le taux de chômage se maintient au-dessus des 11 %.
Ce qui est particulièrement troublant est la chute constante du nombre d’emplois manufacturiers. Le nombre d’emplois dans ce secteur diminue de mois en mois, et 200 000 emplois (plus de 8 %) ont été perdus depuis 2002. L’Ontario et le Québec les deux provinces formant le centre manufacturier du pays ont été les plus durement touchés, mais le déclin du secteur manufacturier se fait sentir d’un bout à l’autre du pays. En 2006, il emploie moins de 14 % de la main-d’œuvre canadienne comparativement à plus de 20 % aussi récemment qu’en 1980.
Les causes de l’érosion de l’assise manufacturière du Canada sont nombreuses. Plus récemment, la montée en flèche des prix de l’énergie appuyée par la Banque du Canada a gonflé la valeur du dollar canadien, faisant en sorte que les biens manufacturés au Canada deviennent de moins en moins concurrentiels. La hausse des prix de l’énergie nuit également à nos secteurs manufacturiers consommateurs d’énergie.
À plus long terme, notre secteur manufacturier sera frappé de plein fouet par la multiplication des installations manufacturières bon marché en Chine et dans d’autres pays à bas salaires (aidée par l’exploitation des travailleurs et la dégradation environnementale) et leur intégration de plus en plus forte dans les marchés mondiaux.
Des accords internationaux, l’accord commercial entre le Canada et les États-Unis, l’ALENA et l’OMC ont tous eu pour effet de restreindre des politiques gouvernementales actives ayant stimulé et soutenu les manufacturiers du pays au travers de l’histoire. Pensons aux droits d’importation, aux préférences accordées aux produits canadiens, aux garanties de prêts à l’exportation, aux initiatives de soutien de la technologie, de la recherche et développement et de la formation, aux initiatives sectorielles et aux investissements publics directs.
Nous pouvons constater les dommages dans toutes nos industries manufacturières : automobile, aérospatiale et autres équipements de transport, produits forestiers, machinerie et équipement. Dans les collectivités plus petites, les fermetures d’usines ont des répercussions dévastatrices évidentes; dans les agglomérations plus populeuses, les répercussions peuvent s’avérer moins traumatiques sur le coup, mais les effets se font sentir à long terme.
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